Chères Consœurs,
Chers Confrères,
Nous avons été informés que le Quotidien Le Temps a lancé un nouveau sondage « Meilleurs avocats de Suisse ».
L’OAV n’est pas opposé par principe à ce sondage, même s’il pose une série de problèmes que nous pouvons résumer comme suit :
- Le sondage ne permet pas de faire de distinction entre les différentes régions géographiques et linguistiques de Suisse, ce qui a pour effet de favoriser les grands cabinets d’avocats disposant de plusieurs bureaux dans notre pays, notamment à Zurich et Genève.
- Inversement, il semble qu’en raison du classement par cabinet, les avocats spécialisés dans un domaine donné et exerçant dans une très petite Etude elle-même spécialisée dans le domaine en question sont favorisés au détriment des avocats également spécialisés dans le domaine concerné mais pratiquant dans une structure plus généraliste et de taille moyenne.
- Le format du sondage (anonymisation des réponses) permet à des Etudes de s’organiser pour figurer dans ce classement alors même qu’elles ne devraient pas y être. Nous avons relevé plusieurs situations de ce type.
- Le « certificat » (payant !) mentionnant « Meilleur Cabinet de Suisse » est trompeur car il ne spécifie en rien les domaines dans lesquels l’Etude serait compétente.
- Le coût des espaces publicitaires est prohibitif, ce qui favorise, une nouvelle fois, les grandes Etudes.
- Le manque de transparence sur la méthode statistique est également problématique. A ce titre, il sied de relever qu’une comparaison peut être trompeuse en raison de l’inexactitude des données sur lesquelles elle repose. Elle peut également l’être lorsqu’elle repose sur des données imprécises, accessoires ou incomplètes. Il en va de même lorsque les données sur lesquelles repose la comparaison ne sont pas critiquables, mais que l’assertion comparative est elle-même imprécise ou incomplète.
- Dans l’édition 2020 du sondage, des noms d’Etudes étaient proposés lorsqu’il s’agissait de recommander un cabinet dans lequel l’Etude du sondé n’était pas active. Un survol rapide de ces noms semblait démontrer qu’il s’agissait des Etudes qui avaient figuré dans les « classements » des années antérieures. Cette manière de faire avantage de manière disproportionnée ces Etudes.
Par ailleurs, le 23 avril dernier, la Conférence latine des Bâtonniers, considérant que le logo « Le Meilleur Cabinet 2019 » décerné ensuite de la participation à ce sondage pouvait être contraire à l’article 12 d) LLCA s’agissant des conditions d’objectivité et du besoin d’information du public, voire également à la LCD, avait recommandé aux membres faisant usage de ce logo de le retirer de leur signature électronique (cf. communication du 23 avril 2020).
Nous vous informons également que l’Ordre des avocats de Genève (ODAGE) a entrepris des discussions avec le Quotidien Le Temps et Statista quant aux conditions de réalisation du sondage et à son résultat.
Eu égard à ce qui précède, nous vous invitons à ne participer audit sondage et à n’en utiliser le résultat qu’avec prudence et retenue.
Veuillez recevoir, chères Consœurs, chers Confrères, l’assurance de nos sentiments dévoués.
Nicolas Gillard